L’effet pernicieux des taux négatifs

Posté le 10 février 2016

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Conséquence de la correction sur les marchés boursiers, le marché obligataire a joué son rôle de valeur refuge.

Le monde des taux zéro

Mais vu le niveau déjà extrêmement bas, ce mouvement de repli sur les valeurs refuges a entrainé les rendements en territoire négatif. Ainsi, à travers le monde, le montant des obligations gouvernementales, dont le rendement est négatif, s’élève à 6 billions de dollars, en forte hausse comme le montre le graphe.

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Ce montant a doublé en un an et a un impact très négatif pour les fonds de pension, mais surtout ces rendements négatifs affectent les banques.

Le fort recul des valeurs bancaires doit donc se comprendre dans ce contexte alors qu’elles sont en plus fragilisées par les crédits au secteur énergétique pour certaines d’entre elles. S&P a d’ailleurs annoncé avoir réduit le rating de 4 banques régionales américaines fortement exposées au secteur énergétique.

En plus, en première ligne on retrouve également les banques italiennes qui ont accumulé des créances douteuses pour un montant de 200 milliards d’euros, et la Deutsche Bank qui a vu son risque crédit s’envoler hier comme le montre le graphe (credit defaut swap à 5 ans).

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Autre conséquence de ce reflux vers les obligations, les spreads se sont de nouveau élargis par rapport à l’obligation allemande. Comme le montre le graphe avec en orange le différentiel de taux entre l’obligation allemande 10 ans et l’obligation italienne sur la même période et en mauve le différentiel par rapport à l’obligation espagnole.

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Échec de la politique « Abenomics »

Le Nikkei affiche encore une fois une baisse ce matin et se démarque nettement des autres bourses. A nouveau, il subit la rechute du prix du baril, mais pas seulement.

La dernière décision de la banque du Japon de faire glisser les taux en territoire négatif n’a eu quasiment aucun effet sur la bourse. Et le doute s’est insinué sur la pertinence de la politique menée par Abe. Sceptique sur cette politique le yen a repris le chemin de la hausse par rapport au dollar ce qui pénalise les exportations et pèse sur la bourse.

Dans l’attente de Janet

Comme le montre le graphe, le différentiel de taux entre l’obligation allemande  2 ans et le treasury 2 ans s’est réduit et la corrélation avec la remontée de l’euro par rapport au dollar est assez flagrante.

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Alors que Janet Yellen doit s’exprimer devant le Congrès, la perspective de voir la FED se donner du temps avant de poursuivre son processus de hausse de taux pèse sur le dollar.

Mais ce qui pèse aussi est évidemment le recul du prix du baril qui fait craindre de voir le secteur énergétique aux États-Unis connaitre des faillites. Et le fait que l’EIA (US Energy Information Administration) ait revu à la baisse la demande en 2016 de 180.000 barils par jour va encore peser sur le prix du pétrole.

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