Grands vins : un bon investissement ?

Posté le 7 octobre 2015

Alors que les Chinois ont envahi les environs de Bordeaux, se passionnent pour les crus locaux, achètent des châteaux et que les derniers millésimes dans cette région ont ravivé la spéculation, la question du vin comme placement devient de plus en plus d’actualité.

Et comme les marchés boursiers sont, de leur côté, de plus en plus volatiles, les investisseurs se tournent vers d’autres types de placement. Cependant, comme n’importe quel actif financier, investir dans le vin n’échappe pas à la règle fondamentale de diversification de ses avoirs et de répartition du risque.

Un marché de niche

Investir dans de grands crus implique de bien appréhender cet univers particulier.red-wine

Premier constat : ce type d’investissement ne s’adresse qu’aux personnes aisées car, même s’il ne doit pas excéder plus de 5% d’un portefeuille, la mise de départ varie entre 10.000 et 250.000 euros.

En outre, le nombre d’acteurs présents sur ce marché est encore très limité et la possibilité de comparer les offres est assez restreinte. Il faut donc faire preuve d’un grand discernement avant de se lancer dans ce type de placement.

L’investissement ne concerne que les crus prestigieux. Ceux-ci ne représentent que 3% du marché du vin, soit environ trois milliards d’euros. À titre de comparaison, le prix d’une bouteille de 75 cl de grand vin débute à 100 euros, contre moins de 5 euros en moyenne pour un vin standard. Il s’agit donc d’un marché de niche, de luxe et assez fermé.

Comme pour d’autres types de produit de placement, la durée minimum de « garde » doit être de 3 à 5 ans pour espérer un rendement intéressant. Car le monde du vin n’échappe pas à la spéculation, ni d’ailleurs à la volatilité. Ainsi, l’indice Liv-Ex Fine Wine 100, qui regroupe les prix de 100 vins parmi les plus prestigieux, même s’il affiche une performance de 200% en 10 ans, a connu un recul de plus de 20% en 2008 et de 15% en 2011. En tenant compte de l’état actuel du marché et du ralentissement de l’économie mondiale, un rendement de 12% sur une durée de 3 ans semble plus proche de la réalité*.

Et ce marché n’échappe pas au pouvoir des agences de rating, avec en particulier l’influence prépondérante de Robert Parker, célèbre dégustateur américain. Ses notations sont à même de complètement bouleverser la « hiérarchie » et peuvent se révéler primordiales pour l’évolution d’un prix.

Deux possibilités s’offrent à l’investisseur convaincu

Conscient de tous ces éléments, l’investisseur a le choix entre soit se tourner vers des sociétés spécialisées pour se constituer une cave personnalisée composée de grands crus, soit des fonds communs de placement qui investissent dans le vin.

Dans le premier cas, la cave sera gérée par la société en question qui procèdera aux achats, qui s’occupera de stocker le vin dans les conditions idéales et qui revendra, le cas échéant, pour réaliser une plus-value. L’investisseur peut à tout moment aussi « consommer » son placement et se faire livrer une ou plusieurs bouteilles de son portefeuille. Le bémol : ce portefeuille n’est pas très « liquide ». En effet, il faudra trouver un acquéreur sur le marché pour obtenir du cash, ce qui peut prendre du temps.

Autre possibilité pour justement éviter ce problème de liquidité : prendre une part dans un fonds ouvert qui investit dans les grands vins. L’investisseur peut ainsi souscrire ou vendre des parts sur base d’une valeur d’inventaire mensuelle. Il lui est toujours loisible de « réaliser » un vin, mais il s’agit à priori d’une opération plus marginale. Le fonds va donc analyser le marché, suivre les résultats des ventes aux enchères, essayer d’anticiper les changements de tendance, revendre les millésimes pour réaliser des arbitrages, stocker le vin, l’acheter en primeur,…

Un investissement dans le vin n’est donc peut-être pas vain, mais reste surtout guidé par la passion. Comme le millésime 2011 devrait afficher une baisse sensible des prix, surtout pour les grands crus, une plus forte volatilité pourrait se manifester. Et il faut rester bien conscient que le monde du vin n’échappe pas aux turbulences économiques et financières.

*ndlr : Rendement donné à titre purement indicatif. Les rendements du passé ne fournissent aucune garantie quant au rendement futur.

Les investissements dans le vin ne concernent que les crus prestigieux qui ne représentent que 3% du marché du vin. Il s’agit donc d’un marché de luxe assez fermé.